Nombres INTRODUCTION

INTRODUCTION
Le livre des Nombres raconte l'histoire théologique  du séjour du peuple de Dieu au désert pendant les fameuses quarante années d'épreuve qui précèdent son installation en Terre promise. Ce thème des quarante ans, déjà annoncé par l'Exode (16.35), parcourt les livres des Nombres, du Deutéronome et même de Josué (Jos 5.6). Mais c'est sans conteste le livre des Nombres qui lui donne consistance et signification.
L'appellation hébraïque traditionnelle,  Dans le désert  (Nb 1.1n),  correspond assez bien, pour une fois, au contenu de l'ouvrage. Pourtant, les rabbins ont accueilli dans le  Talmud*  la désignation qui nous est familière,  Nombres  (c.-à-d. « les comptages de la Torah »), en reprenant l'intitulé proposé par la  Septante  (voir LXX* et l'introduction à l'Ancien Testament, p.${Xbhlxx}). De fait, l'ouvrage comporte deux grands recensements, l'un situé au commencement de l'épopée, l'autre vers la fin (chap. 1–4 et 26), et encore plusieurs autres de moindre importance (chap. 7,8,15,29,31).
Pourquoi un  second comptage  au chapitre 26? Le premier dénombrement (chap. 1–4) était tourné vers le passé et vers la mort. C'était celui du peuple qui se montra rebelle au moment des épreuves et qui fut condamné à séjourner au désert jusqu'à sa complète disparition par mort naturelle. Le second recensement, en revanche, est celui des fils. C'est un recensement pour la vie, pour la Terre promise.
 Une mémoire d'avenir
Qu'apporte en propre le livre, outre les comptages ? Il remplit une  fonction  particulière aussi bien dans le cadre du Pentateuque, dont il fait maintenant partie, que par rapport à l'ensemble de l'histoire biblique.
Tandis que le livre de l'Exode raconte l'accession à la liberté, celui des Nombres ajoute  réflexion  et enrichissement documentaire. On y apprendra que les chemins de la liberté sont semés d'obstacles et de pièges. Le récit ne dissimule rien des revers essuyés par Moïse et par le peuple saint. 
Les générations futures auront à puiser dans cette « mémoire d'avenir » pour parvenir à surmonter des difficultés de même nature. Par deux fois, le livre s'en explique :  C'est un  rappel  (ou  une évocation)  pour les Israélites  (17.5; cf. 31.54). L'apôtre Paul notera :  Ce sont là des exemples pour nous  (1Co 10.6).
Un itinéraire, des digressions
Comme plus tard dans les évangiles, l'enseignement se greffe sur un  récit de voyage. A certaines étapes, on s'attarde pour recevoir des instructions particulières, puis le mouvement reprend. Après les dix-neuf jours au Sinaï, les quarante années de voyage et surtout d'attente aux alentours de Qadesh-Barnéa (13.26; 20.1; 32.8), Israël se rend assez rapidement maître du pays de Moab, et l'on atteint la basse vallée du Jourdain, les  plaines arides de Moab  (22.1).
Le plan analytique ci-contre propose une répartition des textes en fonction de leur situation dans le parcours, mais aussi de leur contenu. Celui-ci fait apparaître des préoccupations sur lesquelles il faudra revenir. On notera que le « livret de Balaam » jouit d'un statut particulier.
Des données pour l'histoire nationale
Le cadre historique du livre des Nombres reste proche de celui de l'Exode. Mais, à partir du départ de la communauté, au chapitre 10, l'environnement géopolitique sera différent. Comme toujours, il convient de rappeler que la pérégrination dans le désert n'exclut pas la possibilité de rencontres avec d'autres clans  qui vivent dans les mêmes contrées. La tradition biblique a conservé de nombreuses (et précieuses) indications généalogiques d'où il ressort qu'Israël et ces clans sont apparentés. Hobab (10.29) peut ainsi être donné comme Madianite, bien que Juges 4.11 en fasse un Caïnite. Or les Caïnites ou Qénites ont leur « nid » (en hébreu  qen) près des Amalécites (Nb 24.20s), Amalec est le petit-fils d'Esaü (Gn 36.12), et  Esaü, c'est Edom  (Gn 36.8,19,43), précisément cet Edom qui refusera aux Israélites un passage direct vers le nord (Nb 20.14; voir aussi 24.18). La Bible elle-même enseigne à lire les noms des grands ancêtres comme recouvrant aussi les peuples qui en sont issus, et leurs territoires.
Ces cousinages, on le voit, ne sont pas toujours très cordiaux. On perçoit ainsi un net durcissement des relations avec  Madiân  (chap. 25 ; 31), auprès de qui la médiation de Hobab, s'il a suivi Moïse comme ce dernier le lui demandait (10.29), ne semble plus très efficace. En Nombres 22.4,  les anciens de Madiân  (appelés  rois  en 31.7) exercent manifestement leur suzeraineté sur le roi de Moab, qui leur demande conseil et assistance. 
Echecs et contestations
La narration est particulièrement riche en incidents qui mettent en cause l'action de Dieu et le rôle de Moïse. Le deuxième dénombrement montre l'efficacité de la  sanction  appliquée à l'incrédulité (14.26-35), puisque, parmi ceux qui furent dénombrés par Moïse et Eléazar dans les plaines de Moab,  il n'y avait aucun de ceux qui avaient été recensés... dans le désert du Sinaï, c'est-à-dire quarante ans plus tôt, du vivant d'Aaron (26.63s). Seuls Caleb et Josué font exception (v. 65).
Cela constitue l'un des motifs du livre. Il importe en effet que plus tard, lorsqu'on répétera le récit pour l'instruction du peuple de Dieu, on sache que des  contestataires  s'étaient fait entendre dès les origines, pour suggérer que le plan de Dieu n'était peut-être pas le bon, et que la médiation de Moïse et des siens (Aaron et ses successeurs) n'était pas exclusive d'autres voies de salut.
C'est pourquoi le livre s'augmente de récits terribles. De simple chronique des événements du passé fondateur, le voici devenu  épopée. Le ton monte, le verbe s'amplifie. Car devant une erreur intolérable, il faut parler très fort: la terre elle-même va s'ouvrir pour engloutir les prêtres rebelles de la communauté de Coré. L'incident le plus terrible, celui qui laissera le souvenir le plus douloureux, sera celui du piège de Baal-Péor. Ici, la prostitution sacrée entrave la progression du peuple de Dieu vers la Terre promise. Aussi les oppositions s'exacerbent. Face à l'idolâtrie, ce scandale par excellence, qu'il va falloir extirper du pays de Canaan, une seule méthode sera possible : l'éradication totale. En Nombres 25, Phinéas en sera l'exécuteur. Et comme pour lui en rendre hommage, la section de la Bible hébraïque qui relate ces faits terribles et mémorables porte son nom.
Tous les processus d’anathème, c'est-à-dire de destruction rituelle, mentionnés dans les récits de la conquête et jusqu'aux livres de Josué et de Samuel n'ont qu'une seule fonction : déraciner de l'âme des lecteurs de la Torah et de ceux de toute la Bible jusqu'à la pensée de l'idolâtrie, quels que soient les temps ou les circonstances.
Des améliorations juridiques au statut de la femme
Le droit des  femmes  est encore bien mal reconnu dans ces époques lointaines. Le sort réservé aux  filles de Tselophhad  lorsqu'elles sont veuves et sans enfants inaugure une nouvelle législation. Jusque-là, les veuves d'un époux n'ayant pas laissé de progéniture masculine ne pouvaient hériter de leur mari. Maintenant elles vont pouvoir se remarier. Et, pour autant qu'elles choisissent leur nouvel époux dans le clan qui était celui de leur défunt mari, le fils qui leur naîtra deviendra l'héritier du nom et des terres de leur premier mari. Ainsi ces jeunes veuves acquièrent-elles une véritable citoyenneté dans leurs villages.
L'histoire de Balaam
(chap. 22–24)
L'histoire de Balaam constitue un  livre  dans le livre. Elle entretient des rapports singuliers avec le recueil des Nombres, le Pentateuque et la Bible entière. Déjà le  Talmud, aux IVe  et Ve  siècles apr. J.-C., prend acte de cette situation quand il note, dans une formulation pleine de respect :  Moïse écrivit son propre livre  — entendons par là la Torah —  puis la section de Balaam et le livre de Job  (Baba Bathra  14a, reprenant l'idée déjà émise à propos de Job en  Sota  20b).
Le récit de la conquête de la Transjordanie est en effet interrompu par ce petit ensemble où le roi de Moab, effrayé de l'avance des forces d'Israël, imagine de leur opposer les puissances spirituelles détenues par un personnage auréolé de légende, le devin Balaam,  l'homme qui a l'œil clairvoyant  (24.3). On sait que ce dernier, après avoir passablement hésité, se met finalement en route. A ce moment-là, son ânesse, plus « clairvoyante » que lui, aperçoit l'ange du  Seigneur  (YHWH) en travers du chemin et refuse d'avancer. A la suite de cette péripétie, les récits conduisent progressivement le lecteur à découvrir un Balaam par qui Dieu parle effectivement. Mandaté cette fois par le Dieu vivant, il prononce sur le peuple saint une série d'oracles de  bénédiction. On a vu dans l'un d'eux l'annonce de David, voire du Christ. 
La figure même de Balaam intrigue à divers titres. On ne sait pas s'il est d'origine araméenne ou édomite. Sa grande  réputation  dépasse le cadre des informations délivrées par la Bible à son sujet. Est-ce déjà lui, ce  Béla fils de Beor  de Genèse 36.32 qui régna sur Edom ? Est-ce encore lui, ce  Balaam, fils de Beor, l'homme qui voyait les dieux,  longuement évoqué dans l'inscription de Deir `Allah (voir « Les inscriptions de Deir `Allah », p.${Xbalaam})?
Personnage en partie hors de l'histoire et hors du récit, Balaam délivre cependant des oracles qui font référence à la Genèse (Gn 12.1-3, voir aussi 49.9), mais également au contexte de l'Exode (comparer Ex 1.1 avec Nb 22.6,11; comparer aussi Ex 10.5,15 avec Nb 22.4,5,11).
Devenu momentanément prophète authentique, à la suite du retournement que Dieu a opéré en lui, il va cependant être  jugé sévèrement  par le chapitre 31 des Nombres (v. 16); ce texte lui impute la responsabilité de faits non explicités. Dans la ligne de cette notice de Nombres 31, et jusqu'à la deuxième épître de Pierre et à l'Apocalypse, cette opinion défavorable lui restera attachée.
N'oublions cependant pas les pages fortes du récit principal où cet homme, saisi par Dieu, doit être considéré comme un des personnages extérieurs à Israël dont Dieu s'est servi, comme on le dira plus tard de Cyrus le Grand (Es 45.1).
Relectures chrétiennes
Le chrétien perdrait beaucoup à ignorer le livre des Nombres. La pertinence d'un épisode comme celui du serpent de bronze (21) pour éclairer l'œuvre rédemptrice du Christ n'est plus à démontrer : le quatrième évangile s'en est chargé (Jn 3.14; voir aussi Col 2.14). On sait également ce qu'une institution comme le rituel de la vache rousse (19; voir aussi Hé 9.13) peut apporter à la compréhension du même mystère.
Reste surtout la leçon des quarante années de préparation avant l'entrée en Terre promise comme image de la vie du chrétien, qui doit mourir à lui-même pour entrer dans le Royaume de Dieu, au terme d'une pérégrination qui peut s'appeler le temps de l'Eglise. 

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